vendredi 17 avril 2026

Les rayons et les ombres (2015) de Xavier Giannoli

Un cinéma français à la hauteur du meilleur. Scénario dense, riche et complexe, acteurs de grand talent, réalisation de haut niveau, image, décors, costumes, du grand art. Xavier Giannoli est probablement l'un des seuls cinéastes français à prendre la relève des grands maîtres. 

 

En évoquant Jean Luchaire, énigmatique journaliste collaborationniste condamné à mort par la Cour de justice de la Seine en janvier 1946 puis fusillé, les auteurs tissent leur récit au travers de sa fille Corinne Luchaire, vedette prometteuse du cinéma français de l'époque, condamnée à dix ans d'indignité nationale en 1946 pour ses fréquentations passives avec les milieux de l'Occupation. 

 

Peinture féroce et sans concession des heures noires de la Collaboration, Les rayons et les ombres, titre emprunté au fameux recueil de poèmes de Victor Hugo, n'épargne rien de l'épidémie qui effondra la France, lui occasionnant de profondes et indélébiles blessures. Le film analyse parfaitement les raisons de ce chaos, le déni, l'antisémitisme, la cupidité, l'égoïsme, dans une sorte de ballet diabolique, mortuaire et décadent qui n'est pas sans rappeler à certains moments Les damnés de Visconti. Tout aussi brillant que dérangeant le film résonne étrangement avec les menaces du monde actuel : ascension des idéologies extrêmes, domination des empires, manipulation des masses.

 

On ne peut que louer le courage des initiateurs de ce film en forme de coup de poing, tout comme celui des protagonistes Jean Dujardin, Nastya Golubeva et l'excellent August Diehl, vu dans Inglorious basterds, qui n'ont pas hésité à incarner les faces les plus troubles et les plus sombres de l'humain.

 

Les rayons et les ombres ou l'infiltration insidieuse de la perversité et de la monstruosité dans les salons du pouvoir, fera date en tant que film historique essentiel pour les jeunes générations et celles à venir.




lundi 13 octobre 2025

Prochainement

Sortie au cinéma en 2026 à l'occasion des commémorations des 150 ans de la disparition de George Sand.


mercredi 13 août 2025

Dracula (2025) de Luc Besson

Film original qui ne manque pas de grandeur, époustouflant visuellement. Le cinéaste revisite le mythe de Dracula à sa manière, façon conte de Grimm, le générique indiquant clairement « inspiré de l’œuvre de Bram Stoker ». Il ne s’agit en rien d’une adaptation du fameux roman, mais d’une inspiration libre à partir du thème dont on retrouve quelques fragments ci et là en forme de clins d'oeil. Le traitement est plus proche de l’opéra rock que du véritable film d’horreur, les références étant à chercher du côté de Tim Burton, de Peter Jackson, de Christophe Gans et du cinéaste italien Mario Bava, plutôt que de Coppola comme on l’avait écrit.



Le genre fantastique étant extrêmement rare dans le cinéma français, louons Luc Besson d’avoir adopté ce parti-pris, d’autant plus qu’il bénéficie de moyens somptueux et que son talent de réalisateur n’est plus à remettre en question depuis des lustres. L’on ne peut qu'être admiratif devant nombre de séquences ébouriffantes sur le plan chorégraphique, séquences qui traversent le temps du Moyen-Âge à aujourd’hui, sans oublier que le film ne manque pas d’humour. 


Le soin apporté à la photographie, aux décors, aux maquillages et aux costumes, sans oublier la magnifique bande originale de Danny Elfman, ne peut que séduire les plus réfractaires en matière de spectacle. On ne peut que reconnaître la qualité de l’entreprise, à un niveau qui n’a rien à envier aux américains pour une production française.


Il n’y a jamais de temps mort durant les 2h10 de projection. La performance de Caleb Landry dans le rôle titre est tout simplement bluffante. Les autres acteurs n’en sont pas moins remarquables, Christopher Waltz, Guillaume de Tonquédec, les actrices Matilda de Angelis et Zoé Sidel complétant avec une grande créativité ce casting haut de gamme.


 Un film à voir absolument pour tout amateur de cinéma baroque inspiré par les plus beaux contes des fées et les plus belles bandes dessinées. Le spectacle est garanti et Luc Besson prouve avec ce film qu’il est sans conteste dans le domaine du divertissement l’un de nos plus grands cinéastes. Chapeau bas Monsieur.


 

mercredi 4 décembre 2024

Mémoires interrompus (2024) de Bertrand Tavernier.

Un livre somme qui réunit plus de 50 ans de souvenirs du cinéaste disparu en 2021 : son enfance, ses parents, la ville de Lyon, sa passion pour tous les cinémas, ses liens avec les plus grands du cinéma mondial, ses voyages dans les contrées parfois les plus reculées, ses rencontres avec leurs habitants (le chapitre sur Mississipi blues est admirable), la fabrication de ses films, ses nombreuses sources et références, littéraires, musicales, cinématographiques et enfin ses combats auprès des pouvoirs publics pour le droit des auteurs et la survie du cinéma. 530 pages qui se lisent presque d'une traite tant le cinéaste exprime son enthousiasme pour la vie, parsemées de moments d'humour irrésistibles.

 

Un outil indispensable, non seulement pour les admirateurs de Bertrand mais aussi à l'usage des écoles de cinéma et des nouvelles générations. On y apprend aussi comment donner du sens à un scénario (ce qui manque souvent le plus aujourd'hui), les raisons qui vous poussent à choisir tel ou tel acteur, tel décor, telle photographie, telle musique, en fonction de la mise en scène qui correspond le mieux au sujet choisi. Plus qu'un making off, on entre littéralement sur le plateau tout en étant dans la tête du cinéaste puisant son inspiration en fonction de la réalité des événements, écoutant ses collaborateurs qui ne furent pas les moindres : Jean Aurenche et Pierre Bost, scénaristes d’Autant-Lara, Alexandre Trauner, entre autres décorateur de Carné et de Billy Wilder, Harvey Keitel, Romy Schneider, Noiret bien sûr et tant d'autres.

 

Sans oublier que sans Bertrand Tavernier et la plupart des cinéastes de sa génération, la fameuse exception culturelle n'existerait sans doute pas. Je le cite : « Ses ennemis la baptisèrent immédiatement" exception culturelle française", lui donnant une connotation nationaliste qui n'était pas la nôtre. Il ne s'agissait en aucun cas de privilégier la culture française, de clamer une soi-disant supériorité nationale. Simplement d'affirmer que, loin des objectifs du GATT, on ne pouvait mettre sur le même plan la culture du soja, le trafic maritime et la création qu'elle soit cinématographique, musicale ou théâtrale. Et partout dans le monde, pour toutes les cultures. Cela semble d'une évidence indiscutable, en tout cas pour quiconque a lu un livre dans sa vie. On ne peut codifier les modes de création qui président à l'élaboration d'À la recherche du temps perdu ou de La règle du jeu de la même façon qu'une cargaison de zinc ou de conteneurs. Est-ce difficile à comprendre ? »

 

Si le livre s'arrête à 1984 au moment de la sortie d'Un dimanche à la campagne, c'est parce que les événements en auront décidé autrement, d'où le titre. Nous ne doutons pas que le cinéaste aurait eu encore beaucoup à dire. 


Un livre de transmission passionné et passionnant qui fait rejaillir la mémoire de bien des disparus, rectifiant les jugements hâtifs, rendant parfois hommage à des inconnus et faisant briller de tous ses feux le mot « enthousiasme », celui qui était le sien. Un livre qui vous pousse à ne jamais baisser les bras.

 

 Chez Actes Sud, collection Institut Lumière.




samedi 19 octobre 2024

"L'affaire Nevenka" de Iciar Bollain avec Mireia Oriol et Urko Olazabal. Sortie le 27 novembre 2024.

Un film exceptionnel à voir absolument. Nevenka Fernández défraya la chronique en 2001 pour avoir été la première femme espagnole à obtenir la condamnation d'un homme politique, Ismael Álvarez, maire de Ponferrada pour harcèlement sexuel. 

Le film d'une rigueur exemplaire et magistralement interprété, relate non seulement les faits, mais expose avec précision tout le cheminement d'une femme sous l'emprise du pouvoir d'un homme qui conduit à sa destruction psychologique. Car il s'agit bien de l'analyse d'un trauma au sein d'une affaire d'État qui rappelle de par sa puissance de narration certains films de Francesco Rosi et de Costa-Gavras. 

Thriller qui ne dit pas son nom, pour la première fois peut-être, l'étude des dégâts causés par le harcèlement sexuel apparaît dans un film de manière aussi nette et précise. Le spectateur se met sans cesse à la place d'un personnage féminin tentant de combattre un fléau qui la dépasse et la ronge jusqu'à pouvoir trouver la force de s'exprimer et d'utiliser les armes juridiques adéquates pour se défendre. 

Tout est passé en revue, des trahisons de l'environnement professionnel jusqu'au laxisme des juges, le film dressant un portrait impitoyable d’« us et coutumes » hélas toujours en vigueur. Ce vigoureux plaidoyer a le mérite non seulement de défendre une cause, mais de faire comprendre au spectateur le fondement même et la nécessité du mouvement metoo, à partir de faits qui se sont déroulés quinze ans avant l'affaire Weinstein.




 

samedi 27 avril 2024

MARIANNE, mon 7e film d'après le roman de George Sand

 

Le roman avait d'abord été publié sous le titre Marianne Chevreuse dans les numéros du 1er et du 15 août 1875 de la Revue des deux Mondes. Peu connu en France mais succès littéraire en Angleterre et au États-Unis, il aura fallu attendre 1976 pour le voir reparaître en volume sous le titre Marianne, regroupé avec le roman La Tour de Percemont chez Calmann-Lévy. 



Ayant découvert le livre en 2012 après le tournage de mon premier film Les lettres portugaises, j’ai tout de suite été séduit par les personnages, la quête amoureuse dont il fait l'objet et la modernité du rapport hommes-femmes. Féru des romans du XIXème siècle, en particulier ceux de Jane Austen et de Edward Morgan Forster ainsi que des films de James Ivory et de Jane Campion, je cherchais un équivalent français. George Sand ayant été peu adaptée au cinéma, c'était l'occasion de renouer avec l'une des grandes figures de la littérature féminine, le sujet de la femme ayant toujours été au centre de mes thématiques.

 

J'ai écrit une première version du scénario très proche du roman en utilisant en partie le langage littéraire de George Sand. Je pensais aussi à Éric Rohmer et à son art de traduire le rapport amoureux. Le film a failli se monter plusieurs fois. La productrice Véra Belmont qui s'y est intéressée un temps m'a poussé à réécrire le scénario en assouplissant les dialogues et en y ajoutant un personnage-clé afin d'ajouter un enjeu qui n'existait pas à l'origine. Fort de cette nouvelle version, le film semblait être prêt à tourner au printemps 2017 avant que la préparation ne s'arrête à nouveau.

 

J'ai réalisé entre temps l'adaptation d'une pièce d'Alfred de Vigny Quitte pour la peur, qui mettait en scène les tourments d'une femme se libérant des carcans d'un mariage forcé dans l'aristocratie du XVIIIème siècle, film qui rendait ouvertement hommage à Rohmer. Grâce à ce film, le producteur Carlos Bedran m'a proposé de réaliser Marianne à condition de le tourner en 12 jours avec un budget serré. Je n'ai pas hésité une seconde. Le déroulement de l'histoire étant organisé autour de cinq personnages dans peu de décors, je me suis mis au travail dès le mois d'août 2022.

 

Après un long travail de casting pour trouver le juste équilibre et entrer en résonance avec l'esprit de George Sand et le spectateur d'aujourd'hui, le tournage a pu enfin démarrer le 8 avril 2024 avec une équipe exceptionnelle qui s'est totalement investie dans le projet. Tourné entièrement en Lot et Garonne, à Puymirol et ses environs ainsi qu'au château de Tayrac, le film a pu également exister grâce au soutien de Philippe Payet, collaborateur notamment d'André Techiné et de Bertrand Tavernier. Sa société Papaye a mis au service du film Marianne décors, matériel et prestations diverses, agissant ainsi en tant que véritable co-producteur du film.

 

Le film sera visible au cinéma en 2025.


    Amandine Noworyta et Antoine Millet


   
           Amandine Noworyta et Valérie Kaprisky

     

                                                      Victor Scarnier et Émilie Payet



MARIANNE

France, 2024 

Couleur, 85 minutes

Production : CB Partners

Scénario et réalisation : Bruno François-Boucher

D'après le roman de George Sand

Producteur délégué : Carlos Bedran

Producteur exécutif : Arnaud Kerneguez

Avec : Amandine Noworyta (Marianne Chevreuse), Valérie Kaprisky (Eugénie André), Antoine Millet (Pierre André), Victor Scarnier (Philippe Gaucher), Émilie Payet (Bérengère)

Directeur de la photo : Christian Baudu 

Ingénieur du son : Xavier Piroelle

Montage : Christian Baudu et Bruno François-Boucher

Costumes : Bérénice Lagrange et Elena Castello

Décors : Alexandre Follain

Maquillages et coiffures : Melly Nomas

Scripte : Jeanne Bourse-Rousselot

Assistant réalisateur : Martin Boulet

Musique originale : Davy et Yoann Bernagoult

Distribution et ventes internationales : en cours 

 

lundi 18 mars 2024

Histoires de cinéma

Dans ce recueil de nouvelles j’ai réuni 5 histoires sorties de mon imaginaire cinématographique : comment par le plus grand des hasards Tom Cruise m'a pris pour quelqu'un d'autre un soir au bar de l’hôtel Crillon, par quelle manifestation surnaturelle Alfred Hitchcock m'est apparu dans un train pour donner son avis sur le cinéma d’aujourd’hui, pourquoi cette étrange rencontre avec un technicien de cinéma prétendant avoir travaillé avec Stanley Kubrick en 1969 sur le tournage de l'alunissage d’Apollo 11… 

De ces évènements j’ai laissé libre cours à mon imagination, me mettant à la place de mes interlocuteurs comme si j’entendais leurs voix dans le creux de mon oreille. Une manière de rendre hommage à des grands du septième art dont j’ai souvent étudié la vie et les films. 

Pour lecteurs cinéphiles et non cinéphiles, pour le plaisir de raconter de courtes histoires qui sont comme des films.




HISTOIRES DE CINÉMA

Auteur : Bruno François-Boucher

Date de parution : Mars 2024

Éditeur : Les Editions du Bord du Lot

Grand Format

Broché

68 pages


Histoires de cinéma - Nouvelles - Editions Le bord du Lot



samedi 25 février 2023

The Fabelmans (2022) le 36ème Spielberg

Non seulement Steven Spielberg a traversé les vies d'un nombre incalculable de gens depuis plus de cinq décennies, mais il a été pour beaucoup de cinéastes de ma génération un moteur d'encouragement à faire des films. L'enfant qui tournait des films en 8mm à la maison a montré que tout était possible. 

Spielberg était alors inconnu lorsque je vis Duel au cinéma dans le cadre de ce qu'on appelait à l'époque les « matinées scolaires » . Un mercredi par mois on nous emmenait au cinéma. Nous étions en 1973 et je découvrais les débuts virtuoses d'un cinéaste de 23 ans. J'appris par la suite qu'il avait déjà tissé une impressionnante filmographie : une dizaine de téléfilms, autant de courts-métrages et même un long-métrage en Super 8, Firelight, tourné pour 500 dollars à l'âge de 16 ans. 

    Duel fut une révélation. Sur les traces d'Hitchcock, le film était un challenge absolu avec une histoire tenant sur deux pages tournée en 17 jours. Depuis ce jour je n'ai jamais manqué l'un de ses rendez-vous au cinéma. Du meilleur au moins bon, son œuvre a jalonné les différentes étapes de mon existence et je me souviens précisément où et dans quelles circonstances avoir vu chacun de ses films. 

Quand les films d'un cinéaste accompagnent régulièrement votre vie depuis le départ, ils finissent par compter autant que votre propre famille. Et puis le passage du temps laisse apparaître des cheveux gris sur le réalisateur pour lui donner l'allure de ceux de la génération précédente qu'on a vu vieillissant durant l'enfance : John Ford, Raoul Walsh, Howard Hawks...

 

Ce matin je me suis levé de bonne heure pour aller voir The Fabelmans. En prenant mon café, j'ai dit à voix basse : « Je me lève pour toi, Steven ! » Deux heures plus tard j'étais à la séance de neuf heures au cinéma UGC Ciné Cité Les Halles. 

 

Lorsque la lumière s'est éteinte, je me suis mis à frémir à l'apparition du mythique logo Universal orchestré par Jerry Goldsmith et sur lequel vint s'insérer le logo Amblin. C'était déjà tout un pan de l'Histoire du cinéma qui défilait sous mes yeux. Puis le film commença et ce fut un silence religieux dans la salle durant 2h20, parfois ponctué d'éclats de rires, car si le film est riche en émotions de toutes sortes, l'ami Steven ne manque pas d'humour.

Je pressentais que le film serait bien, mais je n'imaginais pas qu'il soit aussi beau. En transposant une partie de son autobiographie, Spielberg met pour la première fois à nu les tourments qui hantèrent son enfance et son adolescence, dûs notamment aux distensions entre ses parents qui finirent comme on sait par un divorce. Il est fascinant de constater comment le cinéma fut à la fois un refuge durant ses jeunes années et le seul moyen d'expression qu'il trouva pour exprimer les non-dits. Le cinéma comme catharsis auquel il faillit renoncer durant un temps, si les images animées et le doux ronronnement d'une caméra et d'un projecteur n'avaient fini par l'apaiser. 


Le film est truffé de magnifiques séquences, toutes aussi belles les unes que les autres, centrées sur sa famille, ses parents, ses sœurs, son oncle. Que serait le cinéma sans la vie d'abord et avant tout, cette vie qui bat tout au long du film et qu'il filme durant ses premières années ? C'est comme un film continu qui débute pour lui après avoir découvert avec ses parents Sous le plus grand chapiteau du monde de Cecil B De Mille un soir de 1952. Reproduisant par la suite la séquence de déraillement du train avec des jouets, le goût du jeune cinéaste pour les maquettes et pour le grand spectacle, renforcé par son inventivité sont déjà là. Viendra progressivement s'ajouter la sensibilité d'un jeune homme introverti, peu doué pour le sport, moqué parce que juif, malmené de toutes parts, déchiré par un chaotique contexte familial, ce qui donnera souvent lieu à une reproduction de ces conflits dans beaucoup de ses films, à commencer par E. T.

Dans une extraordinaire séquence de The Fabelmans, son oncle le prévient : « En choisissant l'art plutôt que le bonheur tu seras toujours déchiré en deux ».

Même si Spielberg, auteur du scénario avec Tony Kushner, a transformé sa propre vie en fiction, elle n'en ressemble pas moins à un film hollywoodien peuplé d'autant de drames que de moments magiques. Les films sont comme des rêves, nous dit The Fabelmans, et la force de celui-ci est justement de faire se rejoindre la réalité et le rêve.

Transi, bouleversé après 2h20 de rires et de larmes, je crois ne pas me tromper en disant que Spielberg a fait en quelque sorte son Fanny et Alexandre, son Radio days (qui évoquaient respectivement l'enfance d'Ingmar Bergman et de Woody Allen), ce nouveau long-métrage figurant parmi ses meilleurs, la maturité le révélant plus que jamais comme un expert en matière de direction d'acteurs qui sont tous formidables : Michelle Williams, Gabriel LaBelle, Julia Butters, Seth Rogen, Judd Hirsch, David Lynch en truculent John Ford (la séquence vaut à elle seule le déplacement), sans oublier l'arrivée d'un nouveau venu, l'excellent Sam Rechner dans le rôle de Logan. N'en doutons pas, il sera l'une des grandes stars de demain.


        François Truffaut, après avoir vu Frenzy tourné par un homme de 72 ans, s'était écrié : « Vivement le 53ème Hitchcock ! » Je lui emprunte la formule, m'exclamant à mon tour : « Vivement le 37ème Spielberg ! » 

 

samedi 13 novembre 2021

Derrière la porte

Derrière la porte est un court-métrage de 10 minutes que je viens de tourner, écrit par la romancière Marie-Christine Point. Il y est question de quête d'identité quand on a été une enfant abandonnée et que vient le moment de rencontrer sa génitrice. Le film se concentre sur cet instant fragile et terrifiant où l'on se décide enfin d'aller sonner à la porte. 

 

L’actrice Ségolène Point est venue me voir un jour avec l’idée d’un court-métrage qui se passerait entièrement devant une porte. Mais elle ignorait la raison de cette situation. Après en avoir parlé à sa mère, la romancière Marie-Christine Point, celle-ci est revenue deux jours plus tard avec un texte qui exposait les raisons pour lesquelles le personnage pouvait se retrouver dans cette situation d’attente. Le texte était bouleversant. Très curieusement il évoquait, sans que je ne sache rien par avance, une situation que j’avais personnellement vécue. J’ai tout de suite dit : « On fait le film ».

 

Après avoir peaufiné le scénario en utilisant le texte en voix off, Derrière la porte s’est tourné en quelques heures à Damgan dans le Morbihan le mardi 28 septembre 2021. Le montage s’est enchaîné rapidement et je peux dire aujourd’hui que c’est l’un des meilleurs courts-métrages que j’ai réalisé. Ce film qui est un peu comme une nouvelle sera projeté dans les salles comme antan en première partie du long-métrage De l'autre côté du mur de Tiburce.



DERRIÈRE LA PORTE

Avec : Ségolène Point

Texte : Madeleine Point

Scénario et réalisation : Bruno François-Boucher

Images et montage : Christian Baudu

Musique : Peder B. Helland « Frozen in time »

Enregistrement voix : François Le Roux

Durée : 11 minutes

Production : Bon Voyage Films PR

© 2021


Avant-Première le jeudi 25 novembre 2021 à 19h30 à La Péniche Cinéma- 75019 Paris





vendredi 12 novembre 2021

Cry Macho (2021) de et avec Clint Eastwood

Un film simple et beau. Tout commence par de superbes plans en cinémascope sur des paysages et des chevaux. Puis la silhouette d'un homme au volant d'une voiture. D'abord la main qui passe une vitesse puis les yeux dans le rétroviseur. La voiture s'arrête, un pied descend et la silhouette de l'homme apparaît, coiffé d'un Stetson. C'est le patron. Clint imprime sa légende au delà du temps. Je n'en dirai pas davantage, il faut voir le film. C'est plus d'une fois bouleversant, comme un poème sur la vie et la vieillesse, un hommage à mère nature, aux animaux et à tant de choses qui traversent les existences, destins brisés ou en devenir. Western nostalgique qui ne dit pas son nom, le film est comme un vieux juke-box égrenant une chanson de Johnny Cash, un drive-in abandonné au milieu de nulle part dont les lumières parviennent encore jusqu'à nous. Un film qui parle d'amour, fait du bien, et qui exprime tout un pan de la sensibilité de l'un des derniers géants. Une œuvre testamentaire qui touche de par son ton de balade automnale, un film de coeur, sans cynisme, ou un coq occupe pour la première fois dans un film une place de choix.


© 2021 Warner Bros

samedi 17 juillet 2021

Éloge du Cinéma

Plus que jamais aujourd'hui, le cinéma se doit d'être unique. Lorsque vous entrez dans une salle de 500 places, que vous pénétrez dans la semi obscurité pour vous assoir face à un écran de 18 mètres, nul autre endroit ne permet de recevoir ainsi le spectacle d'un film. Et puis la lumière s'estompe et vous allez être plongés dans quelque chose qui s'apparente à de la magie : un jeu d'ombres et de lumière où l'espace vous recouvre sans que vous soyez dérangés par votre téléphone, la venue d'un voisin, ou l'envie de mettre sur pause pour aller se servir dans le frigo. Votre mission, si vous l'acceptez, consistera à regarder le film en mettant de côté tout préjugé. Si vous ou l'un de vos compagnons étaient déçus, que votre voisin grignote son pop corn, qu'un autre se met à parler fort ou que la lumière d'un smartphone apparaît dans la salle, le 7ème art niera en être responsable. Le cinéma n'est pas un divertissement comme les autres. Le cinéma est un espace de pause dans une vie qui, s'il est bien fait, vous emmènera au-delà des frontières du quotidien, au cœur de zones non visibles, dans les contrées les plus reculés. Le cinéma est un art. Le 7ème art, - comme on dit la 4ème dimension, le 6ème sens ou le 36ème dessous. Le cinéma est un bien nécessaire pour la collectivité. Il est celui qui permet de franchir ces zones de la perception ordinaire, comme lorsqu'on se plonge dans la lecture d'un livre, l'écoute d'une oeuvre musicale ou qu'on assiste à un spectacle. Le cinéma est le roi de l'ombre et de la lumière, autant que celui du mouvement, des formes, de l'espace et du temps. Le cinéma n'en est encore qu'à son avènement. Il survivra aux modes et au temps, sans cesse sorti de l'inconscient de ses créateurs. Les films de cinéma sont comme des oiseaux qui s'envolent, échappant aux cages, demeurant à chaque nouvelle ère une fois encore insaisissables.

Nomadland (2020) de Chloé Zhao


jeudi 15 juillet 2021

"Titane" (2021) de Julia Ducournau

Le moins qu'on puisse dire est que le nouveau film de la réalisatrice de Grave dégage... Il est certain que le choc provoqué par le film restera dans les mémoires. Et quand les Français décident d'aller jusqu'au bout, ils n'ont rien à envier à David Lynch ou à David Cronenberg. C'est tout simplement étonnant, puissant et remarquablement mené. Bravo à Julia Ducournau d'avoir su procurer au spectateur une telle dose d'émotions et de remises en questions. C'est parfois trash, rock n'roll, violent et insoutenable, mais au moins rien n'est jamais gratuit car dès la première scène, tout ce qui va suivre sert le sujet. Roman noir à la limite du fantastique, le film contourne tous les pièges et l'on sort plus que bouleversé d'un tel brasier. Le feu traverse l'écran, les acteurs et la musique de Jim Williams prennent aux tripes et l'on demeure sonné jusqu'à ce que le générique de fin s'arrête. L'histoire est irracontable, il faut voir le film, et Agathe Rousselle et Vincent Lindon sont exceptionnels. Un grand film dérangeant et un énorme pavé dans la mare du cinéma français.



mardi 8 juin 2021

Imitation of life/Images de la vie (1934) de John M. Stahl

Je n’avais jamais vu la première version de Imitation of life/Images de la vie (1934) de John M. Stahl, reprise en 1959 par Douglas Sirk sous le titre français Mirage de la vie. C’est en tous points un remarquable film, d’une sobriété et d’une humilité exemplaires, assurément l’un des plus beaux mélodrames de toute l’histoire du cinéma. Comment ne pas être touché par autant de compassion sincère, d’humanité exempte de tout cynisme, à l’opposé de ce que produit la plupart du temps l’industrie du cinéma. Issu de la période de la Dépression, le film de Stahl traite plus que tout autre de la fragilité des existences, abordant les thèmes du racisme et des différences sociales au travers de personnages à la fois démunis et capables d’empathie, en deçà de toute haine et de toute rancœur. 

 

L’amitié entre Béa et Delilah (merveilleusement interprétées par Claudette Colbert et Louise Beavers, sans doute l’une des plus grandes actrices noires du cinéma américain) dépasse la représentation hollywoodienne de cette époque, celle de l’Afro-Américain soumis au diktat blanc. Si Delilah est présentée comme une domestique ne songeant pas à sortir de sa condition, la relation qui l’unit avec son amie fait exploser tous les codes, Béa étant elle-même confrontée à d’autres formes de misère en tant que veuve élevant seule sa fille, contrainte à toutes sortes de taches.


 

Imitation of life fait partie de ces films comme City lights de Chaplin qui vous laissent une empreinte indélébile. Des ténèbres de la vie y naissent des éclats de lumière pour entrevoir une issue à l’Humanité malgré toutes les violences qui la tirent sans cesse vers l’obscurité. Il ne s’agit ici de rien d’autre que d’éducation (la manière subtile dont les filles de Béa et de Delilah sont élevées ensemble), de dignité humaine et de respect (Stephen, l’amant de Béa, magnifiquement incarné par Warren Williams, place sa compréhension des autres avant son désir personnel) et d’intelligence, chacun essayant sans cesse de se dépasser, d’un point de vue moral, social et psychologique. La complexité des rapports qui se tissent entre chacun, hommes, femmes, personnes de couleur, blanches, métis, dresse un constat pour le moins saisissant de certains rapports de classes méconnus durant l’une des périodes les plus sombres de l’Histoire américaine. Chacun résiste ici en faisant bloc contre l’adversité avec un sens de la responsabilité hors du commun, et ce qui aurait pu sombrer dans le film noir le plus désespéré est retenu par un souci permanent de la cohésion familiale. 


 

Peola, la fille métis de Delilah, malgré l’oppression dont elle est victime parce que rejetée de la communauté blanche, fait preuve d’un extraordinaire dépassement de soi à travers l’amour qu’elle porte pour sa mère, luttant sans cesse pour ne pas la rejeter à son tour, ce qui est beaucoup plus émouvant que dans le film de Sirk. Malgré ses grandes qualités il faut bien dire que le film de 1959 est assez contestable de ce point de vue, d’autant plus que le rôle est joué par une actrice mexicaine. Fredi Washington qui incarne Peola dans le film de Stahl, on le sait peu, fut l’une des premières personnes de couleur à être reconnue pour son travail au cinéma et au théâtre dans les années 1920 et 1930.

 

Ce film devrait être montré dans toutes les écoles à l’heure où la division a repris le pas sur le collectif, dans une période où l’on rejette l’Histoire en ne la percevant qu’à l’aune des droits et des libertés si durement acquises.

 

lundi 17 mai 2021

Nomadland (2020) de Chloé Zhao

Des visages, des gens, des paysages, des objets, des silences et puis la route. Toujours la route, vers nulle part, pour oublier, pour continuer de vivre. Des vies brisées, des partages entre les uns et les autres, de la solidarité, dans un monde décomposé, anéanti par la crise économique, par des solitudes qui n'en finissent pas de s'étirer dans des déserts sans fin. Un drame humain fait de petites choses dans un temps qui s'écoule, malgré tout. L'un des plus beaux films de l'année passée, l'un de ceux qui vous atteignent au cœur. Survivre est le sujet, avancer est le seul point d'appui qui reste. On ne peut qu'être touché par cette œuvre des temps modernes, merveilleusement interprétée par Frances McDormand et David Strathairn. Y a-t-il un havre de paix possible au bout de la route pour panser les blessures ? Telle est la question que pose Chloé Zhao, cinéaste éprise de bienveillance à l'égard de ses personnages et que sa caméra ne cesse de questionner entre pluie, neige, vent et soleil qui se couche, comme pour nous dire que derrière le silence il y a des cris qu'on ne sait pas toujours entendre.


lundi 3 mai 2021

Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution (1965) de Jean-Luc Godard

Fascinantes années 60 qui virent éclore des films tels que 8 1/2 de Fellini, Persona de Bergman, Andreï Roublev de Tarkovski, Blow-up d'Antonioni, L'année dernière à Marienbad de Resnais et Alphaville. On se demande comment autant d'inventivité dans l'exploration de l'art cinématographique ait pu se produire au même moment, dans un étourdissant mouvement, littéraire, musical, pictural.



Film de nuit, aussi étrange que son titre, fait de noir et de blanc, photographié sur la fameuse pellicule argentique Ilford, Alphaville est une traversée labyrinthique dans un monde orwellien prédestinant notre époque déshumanisée. Les gens n'y sont plus que des numéros dirigés par une intelligence artificielle. Sorte de spin-off de la série des Lemmy Caution interprété par Eddie Constantine, le personnage se dédouble ici pour n'être plus que son négatif photographique, le film enchaînant génialement les références cinéphiliques pour créer une œuvre à part entière, 25 ans avant Quentin Tarantino. Film noir, kafkaïen, tout n'est que questions sans réponses où « l'on ne doit jamais dire pourquoi mais parce que », au cœur d'une cité qui pourrait s'appeler Gotham City et dans un cauchemar urbain traversé par les pâles lueurs des réverbères. Quête existentielle sur la paranoïa et le devenir des sociétés, dénonciation des dictatures, l'œuvre continue d'étonner de par sa modernité et ses nombreuses trouvailles de mise en scène. À ce titre, rien que le plan séquence qui mène Lemmy Caution et Natacha dans l'ascenseur pour les suivre dans leur montée à travers les vitres d'un autre ascenseur est un grand moment de cinéma. Pas un seul plan n'est composé sans être chargé de sens, sans une réflexion sur l'image, le son et le montage dans leur permanente remise en question. C'est beau, c'est du grand art, inspiré, novateur, ouvrant des portes à l'infini sur le langage cinématographique et ses possibilités. 



On entre dans Alphaville brutalement au détour d'un périphérique pour y être bousculé comme au Star Flyer du Luna Park et en ressortir comme au réveil d'un mauvais rêve. Finalement c'est l'amour qui sauve, celui qu'on ne sait plus dire parce qu'on ne sait plus ce qu'il veut dire, et que Natacha/Anna Karina parvient à exprimer magnifiquement dans la dernière séquence. Assurément l'un des plus grands films de Godard.



dimanche 25 avril 2021

Un chef d'oeuvre : Le dernier métro (1980)

Il y a des films comme celui-ci où durant la projection un frisson vous parcourt l'échine pour finir au bord des larmes. L'amour des acteurs et l'amour tout court y débordent par tous les pores de l'écran. Le scénario est magnifique, on dirait qu'il est adapté d'un grand roman, et la mise en scène dans le décor du théâtre subtilement agencée de chassés croisés entre réalité et fiction, entre côté cour et côté jardin. Ingmar Bergman n'est pas loin. Certains ont accusé le film d'être académique... Quelle grossière erreur ! C'était tout ignorer du sens de l'épure du cinéaste, de sa sobriété et de sa retenue lorsque le sujet l'exige. Qui traite des blessures de l'Occupation et de cette infamie infligée aux Français ne peut que poser un regard sans fioritures. Quand Roman Polanski tourne Le pianiste, il pose un même regard. Le dernier métroest un chef d'œuvre que le temps ne peut altérer, un aboutissement dans l'œuvre de son auteur. Un livre suffirait à peine pour y évoquer le nombre de thèmes abordés. Catherine Deneuve, filmée comme une déesse, y trouve l'un de ses meilleurs rôles et Gérard Depardieu, d'une exemplaire retenue, est grand. Il y eut Jean Renoir, il y eut Jacques Becker et il y eut François Truffaut.



mardi 13 avril 2021

Les films de Pierre Prévert

 Coffret Frères Prévert – 3 DVD (Doriane films) 

Autant l’on connaît l’abondante contribution au cinéma de Jacques Prévert, autant l’œuvre de son frère Pierre demeure méconnue et fut même incomprise en son temps. Si les cinéphiles n’avaient pas manifesté leur enthousiasme pour des chefs d’œuvre tels que L’affaire est dans le sac et Voyage surprise, il est fort à parier que ces films auraient disparu à jamais du patrimoine. À une certaine époque la pellicule cinématographique était recyclée en vernis à ongles lorsque les films n’avaient pas eu le succès escompté. C’est tout le drame de Pierre Prévert qui ne put tourner que trois longs-métrages pour le cinéma, films dont les échecs commerciaux le condamnèrent à ne plus travailler qu’occasionnellement pour la télévision. 

 

Grâce à Doriane Films et au magnifique travail de restauration d’Hiventy, il est désormais possible de redécouvrir les films de Pierre Prévert dont le génial Voyage surprise en version intégrale. Dans ce coffret indispensable figurent également deux courts-métrages et deux longs-métrages de télévision. Terry Gilliam adorerait ces films à l’esprit très Monty Python tant ils sont truffés d’inventivité : personnages hauts en couleurs, situations abracadabrantesques, rythme effréné, tout concourt à un régal pour les yeux. On pense à Mack Sennett et à son burlesque satirique dont nous ne pouvons que regretter l’incursion trop rare dans le cinéma français. Avec Pierre Prévert les scénarios de Jacques renouent avec l’esprit de Paroles et de La pluie et le beau temps dans une liberté de ton que l’on ne retrouvera chez aucun autre cinéaste. Seul Pierre a su traduire en images la truculente inventivité de son frère, déliant le langage cinématographique de ses codes pour y mêler dans un même mouvement rêve, magie, poésie, dessin, métaphore et drôlerie empreinte de gravité.

 

Dans L’affaire est dans le sac (1932) on se gausse des notables aussi bien que de l’homme de la rue et les humains et leurs travers en prennent pour leurs grades. Les acteurs, aussi bien Julien Carette qu’Étienne Decroux font merveille. Il faut voir la séquence des vols à la tire de chapeaux, morceau d’anthologie du cinéma burlesque, tout comme la désopilante scène de l’achat du béret français avec Jacques Brunius. Un classique à revisiter régulièrement.


L’affaire est dans le sac (1932)


Voyage surprise (1947) est une incroyable redécouverte qui nous emmène encore plus loin. On y traverse la France comme sur un manège et le voyage n’en finit pas de nous étonner : quiproquos, fête permanente, courses-poursuites hilarantes s’y enchaînent dans une insolente liberté comme si le film avait été écrit, interprété et mis en scène par des enfants. En prime vous y verrez l’atypique Maurice Baquet, fidèle artiste de la troupe Prévert, l’ineffable Sinoël, Annette Poivre, Piéral dans le rôle d’une comtesse, le lunaire Lucien Raimbourg et la belle Martine Carol dans l’un de ses tous premiers rôles. Un film unique, joyeux, formidable, enchanteur. 


Voyage surprise (1947

Le petit Claus et le grand Claus (1964) d’après un conte d’Andersen avec Maurice Baquet, Roger Blin et Elisabeth Wiener. Astucieusement conçu à partir de dessins et de mat paintings du grand Paul Grimault, on y trouve toute la verve des frères Prévert où le malheur et la méchanceté des humains se transforment ici en une peinture enchanteresse qui n’épargne personne. Produit par l’O.R.T.F, on reste songeur devant les initiatives et la créativité des organismes de télévision de cette époque. 


Le petit Claus et le grand Claus (1964)

 

La maison du passeur (1965) renoue avec l’esprit de Voyage surprise, oscillant sans cesse entre réalité et fiction, imaginaire poétique et jeux d’enfants. Le croustillant Raymond Bussières y campe un ancien combattant survolté qui croit revenir les Allemands quand il voit débarquer chez lui une équipe venue tourner un film sur la guerre de 14. Dans ce film où l’on en tourne un autre, le spectateur finit par se demander si la fiction n’est pas plus vraie que le réel. Une œuvre télévisuelle hors du temps à redécouvrir.


La maison du passeur (1965)

 

Deux très beaux courts-métrages agrémentent le coffret : 


Paris mange son pain (1958), sensible évocation du monde du travail dans le monde disparu des Halles. Chaque figure à chaque coin de rue nous touche parce que le cinéaste sait croquer la vie qui bat comme un dessinateur portraitiste muni d’une caméra. 


Paris la belle (1960) où entre images d’archives tournées par Prévert à la fin des années 20 et images contemporaines, le cinéaste rend hommage à la ville des lumières. Il fait aussi la part belle aux femmes, témoignant des modes et de leurs temps. Un témoignage en forme de symphonie du mouvement qui est aussi une ode à la vie. Le film fut récompensé par un Prix Spécial du Jury Court-métrage au Festival de Cannes en 1959.


 

Coffret LES FRÈRES PRÉVERT


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