jeudi 6 février 2020

Kirk Douglas (1916-2020)

Quelle vie et quel acteur extraordinaire ! Kirk Douglas est parti hier soir à 103 ans. Quand j'étais gamin on voyait souvent ses films sur la télé en noir et blanc : La captive aux yeux clairs (The big sky), Le champion, Le reptile, L'homme qui n'a pas d'étoile (The man without a star, Les ensorcelés (The bad and the beautiful, Règlement de comptes à OK Corral (Gunfight at the OK Corral), Une corde pour te pendre (Along the great divide), Sept jours en mai, L'arrangement, Les Vikings... Avec la géniale voix française de Roger Rudel (1921-2008), indissociable pour nous du héros de Spartacus. Ces films étaient aussi bons que l'acteur et ils participèrent largement à mon éducation cinématographique. Plus tard la Cinémathèque m'offrit Seuls sont les indomptés (Lonely are the brave), Chaînes conjugales (A letter to three wives, La griffe du passé (Out of the past),  La vie passionnée de Vincent Van Gogh (Lust for life), Histoire de détective (A detective story), Furie (The fury) de De Palma et bien sûr l'unique Les sentiers de la gloire(Paths of glory) que Douglas produisit pour un jeune cinéaste inconnu dont il admirait le talent, nommé Stanley Kubrick. Il est impossible de résumer sa filmographie riche de près de 100 films et qui comporte pas moins de 30 chefs d'œuvre.
En 1988 nous découvrions son incroyable autobiographie Le fils du chiffonnier, livre et histoire de vie magnifiques Si des amis ont eu la chance de le rencontrer, je ne peux pas en dire autant, ayant loupé son passage dans les Pyrénées lorsqu'il y tourna Veraz dans les années 90. Ajoutons que l'acteur s'engagea pour de nombreuses et nobles causes et qu'une belle étoile brillera dans le ciel cette nuit.

La vie passionnée de Vincent Van Gogh (1956)
de Vincente Minnelli

samedi 25 janvier 2020

Angel Heart (1987) d'Alan Parker

Je n'avais pas revu Angel Heart depuis longtemps, sa restauration en fut l'occasion. Film phare des années 80 souvent considéré comme le meilleur d'Alan Parker, il conserve une atmosphère oppressante et un fort impact sur le spectateur. De Niro est impeccable et Charlotte Rampling toujours géniale. Quelques réserves cependant sur le jeu un peu outré de Mickey Rourke, certes excellent, mais pas toujours tenu par Parker et sur certains tics gênants dans la réalisation. L'abus des plans cut, du montage alterné, d'un jeu d'effets avec la lumière et les objectifs datent quelque peu le film malgré tout le talent du réalisateur de Birdy. Autre chose aussi, je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui dès la première vision le spectateur n'ait pas compris relativement tôt qui est Johnny Favourite. Il n'en reste pas moins une oeuvre forte qui nous fait regretter le silence du réalisateur depuis 2003.

 Mickey Rourke dans Angel Heart


jeudi 16 janvier 2020

1917 (2020) de Sam Mendes

Très, très beau film. Une immersion aux portes de l'enfer, une sorte de poème lyrique sur l'absurdité de la guerre dont on ressort soufflé tant l'intensité dramatique demeure intacte durant les deux heures de projection. La caméra accomplit une traversée époustouflante, 70 ans après La corde d'Hitchcock qui fut le premier à utiliser l'illusion de tout un film en plan séquence. En opposition à tout effet de style, ce procédé ici totalement justifié nous prend à la gorge pour accompagner le point de vue en temps réel du personnage principal au fur et à mesure que les événements se présentent à lui. Un tour de force qui donne au film une empreinte saisissante, très loin des blockbusters et des films de guerre traditionnels. Au milieu des décombres, des morts et des charniers, certaines séquences sont plus proches du cinéma de Wajda que des Sentiers de la gloire ou du Soldat Ryan comme on a pu le dire. C'est du très grand cinéma, d'une profonde humanité, porteur d'un message sur la folie des hommes qui fait écho à la période que le monde traverse actuellement.

mardi 15 octobre 2019

Mauro Bolognini (1922-2001)

Ce mois-ci dans la revue Positif, conjointement avec l'hommage qui lui sera rendu en novembre à la Cinémathèque Française, on fait réapparaître le fantôme de Mauro Bolognini, cinéaste oublié dans les limbes du temps et que j'ai toujours cité comme l'un des grands maîtres italiens qui m'avaient inspiré. Mon adolescence fut parcourue de ses films (La viaccia, Les garçons, Le bel Antonio, La corruption) et plus tard, grâce à la vidéo, je découvris ces chefs-d'oeuvre que sont Libera, amore mio (l'un des meilleurs rôles de Claudia Cardinale) et surtout L'héritage, modèle de film romanesque à l'esthétique admirable. Cinéaste particulièrement sensible, exprimant des « douleurs si profondes qu'on peut en pleurer » (Wordsworth), parfois déroutant et dont la noirceur se mélange aux éclats de lumière, Bolognini n'eut jamais la reconnaissance d'un Visconti ou d'un Pasolini. Sa filmographie n'en est pas moins riche d'une cinquantaine de films pour le cinéma et la télévision. Pour la petite histoire, le hasard des rencontres a fait que j'ai eu l'occasion de travailler avec l'un de ses scénaristes, Roberto Leoni. Ce fut un apprentissage passionnant, nourri d'Histoire et de psychologie, qui solidifia mes travaux d'écriture.

Claudia Cardinale dans Libera, amore mio (1975)

dimanche 13 octobre 2019

Joker (2019) de Todd Phillips

Réservé sur Joker, certes impressionnant, porté par la belle composition de Joachim Phoenix. Sombre, dérangeant (on pense à Taxi driver et à American nightmare version Gotham city), les origines du Joker ont un accent de tragédie grecque. Et en hissant le personnage de héros négatif au premier plan, c'est aussi toute la désespérance du monde qui remonte à la surface. On aura aucun mal à y reconnaître les préoccupations qui nous traversent en ces temps de fragmentations sociales. Le jury de Venise y a certainement été sensible en décernant au film le prestigieux Lion d'Or.
Dommage cependant que certains effets trop appuyés (bande musicale qui compense parfois plus qu'elle ne suggère, moments de violence exacerbés à la limite du gore) ne viennent alourdir la réalisation dont les promesses ne sont pas toujours tenues. On est maintenu en haleine sans être non plus totalement surpris, le film manquant de rebondissements et de développements psychologiques qui auraient évité à certaines scènes de couper court. Chacun en jugera par lui-même. Âmes sensibles et enfants s'abstenir.


samedi 12 octobre 2019

A rainy day in New-York (2019) de Woody Allen

Dans la lignée des films de Frank Capra et du Philadelphia Story de George Cukor, pour son 50e film Woody Allen, qui n'a rien perdu de sa verve, nous offre un brillant moment de cinéma. Fin observateur de la nature humaine, c'est en joyeux pourfendeur du journalisme people, des milieux artistiques et d'une certaine bourgeoisie new-yorkaise qu'il tisse la trame de ce dernier opus, l'un des meilleurs de son oeuvre. Elle Fanning est formidable de drôlerie en jeune apprentie journaliste naïve qui se brûle aux feux de la rampe. Plaisir d'un cinéma retrouvé teinté de glamour et d'une maîtrise confondante dans l'art du récit et de la mise en scène. Un jour de pluie à New-York  place son auteur à une hauteur vertigineuse dans le cinéma contemporain.

Elle Fanning dans Un jour de pluie à New-York  

dimanche 25 août 2019

Une histoire des réalisatrices

Numéro de juillet-aout 2019 des Cahiers du Cinéma consacré aux réalisatrices. Une histoire à la fois lumineuse et tragique du cinéma au féminin sur plus d'un siècle avec des découvertes et une riche documentation. Où l'on apprend notamment que :
A Fool and his money (1912) de Alice Guy est le 1er film américain dont le casting ne comporte que des acteurs noirs.
- Mabel Normand a inventé le gag de la tarte à la crème.
Jeunes filles en uniforme (1931) de Leontine Sagan est l'un des premiers films au casting entièrement féminin.
- Dorothy Arzner a inventé le micro perche en 1929.
- Park Nam-Ok, trop pauvre pour engager une baby-sitter, réalisa The widow en portant sa fille en bas âge sur le dos.
- Tazuko Sakane fut la première japonaise à réaliser un film en 1936.
Récit des années de feu (1961) de Ioulia Solntseva fut le 1er film soviétique en 70 mm (première réalisatrice à être primée à Cannes).
- Ann Hui, spécialiste du film de sabre, est aussi connue que John Woo à Hong Kong et elle fut la première à faire tourner Andy Lau, Maggie Chung et Chow Yun-Fat.
- Trois  femmes ont réalisé un film en Iran avant la révolution islamique. 
- Les milices de Khomeiny ont détruit les films de Kobra Saidi sous ses yeux et elle vit aujourd'hui dans un bidonville de Téhéran.
De l'Islande à l'Afrique en passant par tous les pays du monde les femmes ont tourné, tournent et tourneront quoi qu'il arrive des films. Quelques regrets cependant, l'absence ou l'oubli dans ce numéro de Karyn Kusama, Claudia Llosa, Ana Diez, Iciar Bollain, Isabelle Coixet, Julia Leigh, Lexi Alexander, Frieda Ekotto, Alice Heit, Angelina Jolie, Hafsia Herzi…