vendredi 17 avril 2026

Les rayons et les ombres (2015) de Xavier Giannoli

Un cinéma français à la hauteur du meilleur. Scénario dense, riche et complexe, acteurs de grand talent, réalisation de haut niveau, image, décors, costumes, du grand art. Xavier Giannoli est probablement l'un des seuls cinéastes français à prendre la relève des grands maîtres. 

 

En évoquant Jean Luchaire, énigmatique journaliste collaborationniste condamné à mort par la Cour de justice de la Seine en janvier 1946 puis fusillé, les auteurs tissent leur récit au travers de sa fille Corinne Luchaire, vedette prometteuse du cinéma français de l'époque, condamnée à dix ans d'indignité nationale en 1946 pour ses fréquentations passives avec les milieux de l'Occupation. 

 

Peinture féroce et sans concession des heures noires de la Collaboration, Les rayons et les ombres, titre emprunté au fameux recueil de poèmes de Victor Hugo, n'épargne rien de l'épidémie qui effondra la France, lui occasionnant de profondes et indélébiles blessures. Le film analyse parfaitement les raisons de ce chaos, le déni, l'antisémitisme, la cupidité, l'égoïsme, dans une sorte de ballet diabolique, mortuaire et décadent qui n'est pas sans rappeler à certains moments Les damnés de Visconti. Tout aussi brillant que dérangeant le film résonne étrangement avec les menaces du monde actuel : ascension des idéologies extrêmes, domination des empires, manipulation des masses.

 

On ne peut que louer le courage des initiateurs de ce film en forme de coup de poing, tout comme celui des protagonistes Jean Dujardin, Nastya Golubeva et l'excellent August Diehl, vu dans Inglorious basterds, qui n'ont pas hésité à incarner les faces les plus troubles et les plus sombres de l'humain.

 

Les rayons et les ombres ou l'infiltration insidieuse de la perversité et de la monstruosité dans les salons du pouvoir, fera date en tant que film historique essentiel pour les jeunes générations et celles à venir.




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