mardi 15 octobre 2019

Mauro Bolognini (1922-2001)

Ce mois-ci dans la revue Positif, conjointement avec l'hommage qui lui sera rendu en novembre à la Cinémathèque Française, on fait réapparaître le fantôme de Mauro Bolognini, cinéaste oublié dans les limbes du temps et que j'ai toujours cité comme l'un des grands maîtres italiens qui m'avaient inspiré. Mon adolescence fut parcourue de ses films (La viaccia, Les garçons, Le bel Antonio, La corruption) et plus tard, grâce à la vidéo, je découvris ces chefs-d'oeuvre que sont Libera, amore mio (l'un des meilleurs rôles de Claudia Cardinale) et surtout L'héritage, modèle de film romanesque à l'esthétique admirable. Cinéaste particulièrement sensible, exprimant des « douleurs si profondes qu'on peut en pleurer » (Wordsworth), parfois déroutant et dont la noirceur se mélange aux éclats de lumière, Bolognini n'eut jamais la reconnaissance d'un Visconti ou d'un Pasolini. Sa filmographie n'en est pas moins riche d'une cinquantaine de films pour le cinéma et la télévision. Pour la petite histoire, le hasard des rencontres a fait que j'ai eu l'occasion de travailler avec l'un de ses scénaristes, Roberto Leoni. Ce fut un apprentissage passionnant, nourri d'Histoire et de psychologie, qui solidifia mes travaux d'écriture.

Claudia Cardinale dans Libera, amore mio (1975)

dimanche 13 octobre 2019

Joker (2019) de Todd Phillips

Réservé sur Joker, certes impressionnant, porté par la belle composition de Joachim Phoenix. Sombre, dérangeant (on pense à Taxi driver et à American nightmare version Gotham city), les origines du Joker ont un accent de tragédie grecque. Et en hissant le personnage de héros négatif au premier plan, c'est aussi toute la désespérance du monde qui remonte à la surface. On aura aucun mal à y reconnaître les préoccupations qui nous traversent en ces temps de fragmentations sociales. Le jury de Venise y a certainement été sensible en décernant au film le prestigieux Lion d'Or.
Dommage cependant que certains effets trop appuyés (bande musicale qui compense parfois plus qu'elle ne suggère, moments de violence exacerbés à la limite du gore) ne viennent alourdir la réalisation dont les promesses ne sont pas toujours tenues. On est maintenu en haleine sans être non plus totalement surpris, le film manquant de rebondissements et de développements psychologiques qui auraient évité à certaines scènes de couper court. Chacun en jugera par lui-même. Âmes sensibles et enfants s'abstenir.


samedi 12 octobre 2019

A rainy day in New-York (2019) de Woody Allen

Dans la lignée des films de Frank Capra et du Philadelphia Story de George Cukor, pour son 50e film Woody Allen, qui n'a rien perdu de sa verve, nous offre un brillant moment de cinéma. Fin observateur de la nature humaine, c'est en joyeux pourfendeur du journalisme people, des milieux artistiques et d'une certaine bourgeoisie new-yorkaise qu'il tisse la trame de ce dernier opus, l'un des meilleurs de son oeuvre. Elle Fanning est formidable de drôlerie en jeune apprentie journaliste naïve qui se brûle aux feux de la rampe. Plaisir d'un cinéma retrouvé teinté de glamour et d'une maîtrise confondante dans l'art du récit et de la mise en scène. Un jour de pluie à New-York  place son auteur à une hauteur vertigineuse dans le cinéma contemporain.

Elle Fanning dans Un jour de pluie à New-York