vendredi 5 juillet 2019

Pierre Lhomme, l'un des plus importants directeurs de la photographie du cinéma, est décédé à l'âge de 89 ans. Son travail couvre plus de 50 ans d'Histoire avec des cinéastes aussi prestigieux que Philippe de Broca, Chris Marker, Jean-Pierre Melville, Marguerite Duras, Jean-Paul Rappeneau, Jean Eustache, Robert Bresson, Claude Miller, Bertrand Blier et James Ivory. Parmi ses films les plus beaux citons : L’armée des ombres (1969), Quatre nuits d’un rêveur (1971), La maman et la putain (1973), La chair de l’orchidée (1974), Retour à la bien-aimée (1979), Jefferson à Paris (1995), Camille Claudel (1988), Cyrano de Bergerac (1990) tous deux récompensés par un César de l'image. Il créa maints dispositifs associés au travail de la lumière (toiles suspendues en plein air au-dessus des acteurs, installation de cubes inventés pour diffuser la lumière, projecteurs, réflecteurs...) Son apport à la photographie dans les films est considérable et ses innovations au cours de l'évolution du cinéma argentique ont largement contribué à enrichir les techniques du cinéma d'aujourd'hui. Cet homme généreux et disponible m'avait donné de précieux conseils lorsque je préparais mon premier long-métrage.

La chair de l’orchidée (1974) de Patrice Chéreau

La chair de l’orchidée (1974) de Patrice Chéreau

L’armée des ombres (1969) de Jean-Pierre Melville


jeudi 27 juin 2019

Il y a 52 ans, le 27 juin 1967, disparaissait tragiquement à l'âge de 25 ans l'une des actrices les plus emblématiques du cinéma français. Cette merveilleuse comédienne que François Truffaut aimait appeler « Framboise Dorléac » nous laisse ses films, bien sûr, mais davantage encore : le souvenir d'une femme moderne, intemporelle et inspirante pour les générations à venir.


mercredi 26 juin 2019

Edith Scob (1937-2019) Un visage et une voix uniques sorties de la poésie, de l'imaginaire et du temps. Ibsen, Beckett, Shakespeare, Rilke, Edward Bond au théâtre et des films phares, ceux de Georges Franju : La tête contre les murs (1959), Les yeux sans visage (1959), Thérèse Desqueyroux( 1962), Thomas l'imposteur( 1965) et la Vierge Marie chez Bunuel (La voix lactée, 1969).


mardi 25 juin 2019

Violette Nozière (1978) de Claude Chabrol sur Arte. Il faut voir Violette faisant boire du poison à ses parents d'un air innocent avant de les regarder défaillir et de dévorer avidement un rôti devant leurs corps agonisants. Du pur Chabrol des grands jours! Inspiré du livre de Jean-Marie Fitère sur la célèbre affaire qui défraya la chronique dans les années 30, le film est particulièrement saisissant pour sa peinture aussi noire que cruelle de l'époque. Remarquable interprétation d'Isabelle Huppert, Jean Carmet et Stéphane Audran.




lundi 27 mai 2019

Bilan Festival de Cannes 2019

Fin d'un Festival extraordinaire: qualité des films, de l'organisation, des rencontres. Cannes est assurément le plus grand festival de films du monde. Où l'on y rencontre des Portugais, des Chinois, des Brésiliens, des Allemands, des Américains, des Égyptiens, des Russes, des Islandais pour ne pas dire tous les profils de la planète. Où l'on parle de cinéma jour et nuit et où chacun découvre le travail de l'autre, du film le plus inconnu de la Terre au plus célèbre. Le nombre de films vus et de personnes abordées en quinze jours est hallucinant, d'un grand patron de firme à un apprenti cinéaste. Cannes c'est aussi le rapprochement entre des professionnels qui ne trouvent jamais le temps de se rencontrer tout au long de l'année et c'est également un gigantesque stage de production où l'on apprend tout sur tout de la manière dont on monte un projet. Une expérience unique, inclassable et où le travail se joint à la détente. Ici c'est la passion pour les films qui règne. On repart inspiré et empli d'une énergie nouvelle pour se remettre à l'ouvrage.

Avec toute l'équipe du film Duke de Thiago Dadalt

dimanche 26 mai 2019

Sélection Cannes Classics 2019 : "Les silences de Johnny" de Pierre-William Glenn

Une facette méconnue du chanteur sur son rapport au cinéma et une sorte de mise à nu de l'acteur. On n'est plus dans le faste du parc des Princes mais dans l'intimité de la caméra et du tournage. Dans ce documentaire Robert Hossein, Patrice Leconte, Laetitia Masson, Jean-Francois Stévenin, Claude Lelouch, Dominique Besnehard apportent un autre regard et témoignent de la présence du chanteur à l'écran. Autre visage, autre personnalité, d'une docilité incroyable sur un plateau et qui aimait profondément les films pour avoir passé sa vie à en regarder. Un document touchant par un réalisateur et chef opérateur ami qui a su montrer un Johnny entre ombre et lumière, ici plus bluesman que rocker, et qu'on pourrait dépeindre en deux mots: authenticité et sincérité.

Johnny Hallyday dans Détective (1985) de Jean-Luc Godard

Sélection Officielle Cannes 2019 : Il traditore (Le traître) de Marco Bellocchio

Un récit dense et passionnant de 2h20 qui nous plonge dans les guerres de clans entre familles siciliennes au coeur de Cosa Nostra. À travers le personnage emblématique de Tommaso Bruscetta qui permit l'arrestation de plus d'une centaine de membres de la mafia après ses révélations au juge Falcone dans les années 80, c'est tout un pan de l'Histoire italienne contemporaine qui est relatée ici dans la tradition des films de Francesco Rosi. Depuis la capture de Bruscetta au Brésil en 1963, Bellocchio s'est intéressé à la personnalité particulièrement complexe d'un repenti considéré comme l'un des premiers à avoir brisé l'omerta. L'acteur Pier Francesco Favino est extraordinaire. Doté d'une ressemblance étonnante avec le vrai Bruscetta, Favino porte le film sur ses épaules et réussit à retranscrire tout l'aspect énigmatique d'un personnage hors normes, faisant voler en éclats les archétypes de mafiosi représentés à l'écran. Doté de solides convictions dans ses valeurs, Bruscetta incarne la transition entre un monde ancien où les codes d'honneur étaient en vigueur et l'ère moderne où, débarrassée de ses traditions, les nouvelles générations de la mafia sont devenues encore plus violentes en multipliant les meurtres de femmes et d'enfants au sein des clans. En désaccord avec ces méthodes Bruscetta rompit brutalement le cercle. En toute conscience et au péril de sa vie il se rangea du côté de l'Etat et contribua à démanteler tout l'organigramme des chefs de la mafia devant les autorités lors d'un procès retentissant qui conduisit à l'emprisonnement à vie de Totò Riina. C'est la fin d'une ère que Bellocchio dépeint et qui aura pour conséquence l'assassinat en représailles du juge Falcone ainsi que le départ sous protection de Bruscetta vers les Etats-Unis jusqu'à la fin de sa vie en 2000. Le film met à jour une documentation sidérante sur le dispositif pyramidal de la mafia sicilienne, chacun de ses membres ayant une fonction digne d'une organisation gouvernementale. Il faut louer le travail de Bellocchio et de ses scénaristes qui entremêlent thriller et film historique dans la lignée des grands films italiens des années 70.

Pier Francesco Favino Le traître de Marco Bellocchio (2018)