dimanche 24 juillet 2011

Initiales B.B

Vie privée est à l'image de la star incontournable qu’était Brigitte Bardot en 1961, mise en pâture par les médias et tentant de se frayer un chemin avec la vie. C'est l'un de ses plus beaux rôles, elle a parfaitement su jouer de son image, comme pour envoyer un message fort au spectateur. Il faudra un jour faire sérieusement une étude sur le parcours autobiographique des acteurs à travers leurs choix de films, comme s'ils en étaient souvent des auteurs ou des réalisateurs imaginaires, choisissant ceux qui les mettent le mieux en lumière. De la même manière dans Le mépris, elle joue avec sa lumineuse beauté magnifiée par la mise en scène de Jean-Luc Godard et la photo de Raoul Coutard. Il fallait quand même accepter ce risque d'ironiser avec la perception que les professionnels et le public avaient de Bardot. Je crois que dans Le mépris elle a tout d'une grande actrice en nous montrant une femme prisonnière d'elle-même, comme Louis Malle l'avait fait quelques temps auparavant dans Vie privée.

 Vie privée (1961) de Louis Malle

La vérité est probablement son meilleur film. Elle y montre une véritable profondeur dramatique dans son rôle de jeune femme victime de sa liberté et de sa sincérité absolue, face à une société rétrograde qui la réduit en charpie. Ce qui est remarquable dans ce film, c'est la rencontre entre ces deux géants du cinéma qu’étaient Bardot et Clouzot, ils se complètent parfaitement, l'un faisant figure de maître face à la comédienne qui s'aventure dans un registre inhabituel. Dans En cas de malheur, autre très beau film, Claude Autant-Lara, a bien su saisir lui aussi sa capacité à réinterpréter son propre personnage pour la mettre au service d'un rôle qui révèle une gravité qu'on ne lui connaissait pas jusque là.

 La vérité (1960) de Henri-Georges Clouzot

Je ne me lasse pas non plus de revoir Viva Maria, où Brigitte Bardot s'avère formidable de légèreté et d'humour, ce que l'on oublie souvent de souligner quand on parle de sa filmographie. Déjà en leur temps des films estimés mineurs comme En effeuillant la marguerite ou Babette s'en va-t-en guerre, révèlent une véritable aptitude à la comédie, et l'actrice s'empare à bras-le-corps de tout ce qu'elle trouve autour d’elle pour donner de la couleur, du rythme, et un aspect chaleureux et pétillant à ses personnages. Dans L'ours et la poupée, humiliée face à l’indifférence de l’ours, campé par Jean-Pierre Cassel, elle n’a cesse de faire preuve d’inventivité pour tenter de le séduire, et le film, mené tambour battant, doit beaucoup à son interprète féminine qui virevolte avec un charme et une grâce inégalées dans le cinéma français.

 L'ours et la poupée (1969) de Michel Deville

Elle n'a pas tourné que des chefs d'œuvre, mais qu'importe. Brigitte Bardot a été un révélateur pour Louis Malle, Jean-Luc Godard, Michel Deville et Roger Vadim, qui ont su mieux que d'autres cerner sa véritable personnalité, l'emmener sur des territoires moins courus d'avance. Les acteurs sont toujours tributaires d'une image de marque dans laquelle on les enferme, munis d'une étiquette que l'on aimerait bien qu'ils conservent. Rares sont ceux qui prennent des risques, et encore moins aujourd'hui. A plusieurs reprises Bardot a essayé de sortir du sex-symbol obligatoire, créé par Vadim avec Et Dieu créa la femme, et qui l'a poursuivi tout au long de sa carrière parce que c'était arrivé à un moment charnière où tous les tabous sautaient. Elle a beaucoup contribué à faire sortir la femme des carcans dans lesquels elle était enfermée, et ce ton libre a été en même temps un revers de médaille, ayant suscité beaucoup de haine et de jalousie autour d’elle. Son départ du cinéma n'y est pas étranger, elle connaissait mieux que quiconque les lois de la beauté changeante et éphémère, et ceux  qui lui proposaient des rôles intéressants étaient finalement très peu nombreux. Le cinéma au féminin existait encore à peine, et peut-être faut-il voir dans sa collaboration avec Nina Campaneez (le dernier film qu'elle tourna fut L'histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise) le signe d'un manque profond de compréhension de la part des réalisateurs. Je crois qu'elle a quitté ce milieu car il ne lui correspondait plus, qu'il faut y faire une guerre permanente pour conserver son statut, et qu'elle préférait finalement se consacrer à sa Fondation. Lorsqu'on lui a proposé quelques années plus tard des rôles enfin à sa mesure, c'était terminé depuis longtemps, elle avait pris sa décision. Quand Brigitte Bardot se retira, le cinéma n'existait plus pour elle.

 Histoires extraordinaires (1968)
de Louis Malle

La méchanceté qui a été déployée à son égard toutes ces dernières années est totalement injustifiée. Il est inéquitable et très réducteur de baisser le rideau sur toute une vie et sur ses combats à cause d’opinions politiques contestables. On pourrait bannir à ce moment là une bonne partie d'écrivains, de cinéastes et d'artistes importants encensés par la critique, qui, en d'autres temps, ont été loin de s'illustrer de manière exemplaire.

2 commentaires:

  1. Passionnant article et très belle photo de BB en brune, opur un film que je ne connaissais pas. Merci !

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  2. Il s'agit du court-métrage "William Wilson", tiré du film "Histoires extraordinaires". Les deux autres courts étant réalisés par Vadim et par Fellini. Celui de Fellini "Tobby Dammit", avec Terence Stamp, est de loin le meilleur. Mais pour qui aime Louis Malle et Bardot, celui-ci est tout de même à voir.

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