mercredi 28 septembre 2016

Curtis Hanson, dans la lignée du cinéma américain des années 50


Disparition de Curtis Hanson à l'âge de 71 ans, cinéaste inspiré qui s'était fait connaître avec Bad Influence et l'oppressant et hitchcockien La main sur le berceau. Egalement scénariste il avait collaboré avec Samuel Fuller sur Dressé pour tuer avant d’écrire Un homme parmi les loups pour Carol Ballard. Mais Hanson demeure surtout le réalisateur du remarquable L.A Confidential, adapté de James Ellroy avec Kevin Spacey, Russell Crowe et Kim Basinger qui obtint un Oscar pour son rôle. Des personnages complexes, une forme visuelle particulièrement aboutie et une maîtrise indéniable de la mise en scène.

Danny de Vito et Kevin Spacey, L.A Confidential (1997)
  
Il fit ses premiers pas de réalisateur avec des films de série B : Sweet Kill (1972) film d’épouvante sorti sous la bannière de Roger Corman, Evil Town (1977) film de zombies avec Dean Jagger et Robert Walker Jr, The little dragons (1980), édité également sous le titre Karaté Kids USA  et American Teenagers (1983) l’un des premiers films de Tom Cruise. Puis il donna son premier film important, Faux témoin (1987) dont il écrivit aussi le scénario et qui brodait une intrigue elle aussi hitchcockienne à partir d'un meurtre vu par une femme ne pouvant en témoigner au risque d’avouer ses infidélités conjugales. Elle transférait sa vision des faits chez un faux témoin qui n’était autre que son amant, bientôt suspecté lui-même par la police. Ce film méconnu et très maîtrisé dans la lignée de Fenêtre sur cour et de l’homme qui en savait trop surprend encore de par sa densité et son jeu d'acteurs malgré un final plus convenu. Isabelle Huppert est excellente en séductrice au jeu très inspiré par les personnages de Lauren Bacall dans les films de Howard Hawks.

Isabelle Huppert dans Faux témoin (1987)
  
Bad Influence (1990) cédait à quelques effets de mode mais la tension entre les deux personnages (James Spader était sous l’emprise d'un manipulateur criminel joué par Rob Lowe), l’atmosphère et le suspense très soutenus rappelaient les grandes heures du film noir. Il est intéressant de noter que le film dénonçait avant l'heure un goût pour la morbidité chez les jeunes générations à travers la technologie (piratage informatique, meurtres filmés en vidéo). Le climat envoûtant du film (écrit par David Koep, futur scénariste de Jurassic Park et de L'impasse), la musique de Trevor Jones et le travail sur la lumière en clair-obscur contribuant à faire gronder une sourde menace qui annonçait notre monde à venir.  

Bad Influence (1990)

La main sur le berceau (1992), son premier succès public, est tout aussi digne d’Hitchcock de par son habileté à tendre un écheveau redoutable à partir de détails infimes qui entraînent peu à peu le spectateur dans la paranoïa. Avec un suspense implacable reposant entièrement sur la suggestion, le film demeure encore aujourd’hui assez flippant, malgré quelques conventions dues à l’époque notamment dans l’exposition un peu lente des personnages. Rebecca de Mornay, particulièrement inquiétante, permet de vérifier une nouvelle fois le célèbre adage du vieil Hitch : « Plus le méchant est réussi et plus réussi est le film ».

Rebecca de Mornay dans La main sur le berceau (1992

 La rivière sauvage (1994) est un curieux film que l’on aurait pu voir dans les années 50, mélange d’aventures, de thriller et de comédie. Il reprend la même thématique que La main sur le berceau (l’intrusion d'un élément destructeur au coeur d’une famille) mais de façon moins convaincante à cause de ses hésitations entre plusieurs genres. Notons tout de même le rôle très inhabituel de Meryl Streep en pro du canyoning qui semble sortie tout droit d’un western avec Virginia Mayo ainsi que l'excellent Kevin Bacon en pervers cynique qui contribue en grande partie à la réussite du film. 

 Meryl Streep dans La rivière sauvage (1994)

Je ne m’étendrais pas ici sur l’incontestable chef d’œuvre de Curtis Hanson L.A Confidential (1997), l’un des meilleurs films noirs de ces 30 dernières années. Eblouissant de par son casting et sa maîtrise du récit, le film offre une minutieuse reconstitution du Los Angeles des années 50, à travers notamment la splendide photo de Dante Spinotti. La violence, souvent présente chez Hanson, n'est jamais gratuite. Elle est l'expression d'une société en décrépitude où des personnages en proie à leurs démons exécutent de redoutables plongées au coeur de leur âme noire. Qu'il s'agisse de corruption dans L.A Confidential, de misère sociale après la désertification industrielle de Detroit dans le très beau 8 mile, ou d’une quête de l’identité dans Wonder boys, c'est une face sombre de l'Amérique qui nous est montrée, phénomène assez rare dans le système hollywoodien.

Kim Basinger dans 8 mile (2002)

Wonder boys (2000) rappelle par certains côtés Will hunting, avec un Michael Douglas poignant en écrivain-professeur désabusé. Une grande partie du film repose sur les silences, les non-dits entre les personnages de Douglas, du jeune Tobey Maguire, troublant de vérité, et de Frances McDormand qui offre un contrepoids féminin tout en force et en subtilité.  Les acteurs étaient toujours dirigés de main de maître. Dans 8 mile (2002) Kim Basinger est bouleversante en mère alcoolique et il faut revoir aussi le formidable duo Toni Colette-Cameron Diaz en soeurs qui se déchirent dans le très sous-estimé In Her Shoes (2005) qui figure parmi les plus belles réussites de Curtis Hanson.

Michael Douglas, Tobey Maguire dans Wonder boys (2000)