mercredi 4 décembre 2024

Mémoires interrompus (2024) de Bertrand Tavernier.

Un livre somme qui réunit plus de 50 ans de souvenirs du cinéaste disparu en 2021 : son enfance, ses parents, la ville de Lyon, sa passion pour tous les cinémas, ses liens avec les plus grands du cinéma mondial, ses voyages dans les contrées parfois les plus reculées, ses rencontres avec leurs habitants (le chapitre sur Mississipi blues est admirable), la fabrication de ses films, ses nombreuses sources et références, littéraires, musicales, cinématographiques et enfin ses combats auprès des pouvoirs publics pour le droit des auteurs et la survie du cinéma. 530 pages qui se lisent presque d'une traite tant le cinéaste exprime son enthousiasme pour la vie, parsemées de moments d'humour irrésistibles.

 

Un outil indispensable, non seulement pour les admirateurs de Bertrand mais aussi à l'usage des écoles de cinéma et des nouvelles générations. On y apprend aussi comment donner du sens à un scénario (ce qui manque souvent le plus aujourd'hui), les raisons qui vous poussent à choisir tel ou tel acteur, tel décor, telle photographie, telle musique, en fonction de la mise en scène qui correspond le mieux au sujet choisi. Plus qu'un making off, on entre littéralement sur le plateau tout en étant dans la tête du cinéaste puisant son inspiration en fonction de la réalité des événements, écoutant ses collaborateurs qui ne furent pas les moindres : Jean Aurenche et Pierre Bost, scénaristes d’Autant-Lara, Alexandre Trauner, entre autres décorateur de Carné et de Billy Wilder, Harvey Keitel, Romy Schneider, Noiret bien sûr et tant d'autres.

 

Sans oublier que sans Bertrand Tavernier et la plupart des cinéastes de sa génération, la fameuse exception culturelle n'existerait sans doute pas. Je le cite : « Ses ennemis la baptisèrent immédiatement" exception culturelle française", lui donnant une connotation nationaliste qui n'était pas la nôtre. Il ne s'agissait en aucun cas de privilégier la culture française, de clamer une soi-disant supériorité nationale. Simplement d'affirmer que, loin des objectifs du GATT, on ne pouvait mettre sur le même plan la culture du soja, le trafic maritime et la création qu'elle soit cinématographique, musicale ou théâtrale. Et partout dans le monde, pour toutes les cultures. Cela semble d'une évidence indiscutable, en tout cas pour quiconque a lu un livre dans sa vie. On ne peut codifier les modes de création qui président à l'élaboration d'À la recherche du temps perdu ou de La règle du jeu de la même façon qu'une cargaison de zinc ou de conteneurs. Est-ce difficile à comprendre ? »

 

Si le livre s'arrête à 1984 au moment de la sortie d'Un dimanche à la campagne, c'est parce que les événements en auront décidé autrement, d'où le titre. Nous ne doutons pas que le cinéaste aurait eu encore beaucoup à dire. 


Un livre de transmission passionné et passionnant qui fait rejaillir la mémoire de bien des disparus, rectifiant les jugements hâtifs, rendant parfois hommage à des inconnus et faisant briller de tous ses feux le mot « enthousiasme », celui qui était le sien. Un livre qui vous pousse à ne jamais baisser les bras.

 

 Chez Actes Sud, collection Institut Lumière.




samedi 19 octobre 2024

"L'affaire Nevenka" de Iciar Bollain avec Mireia Oriol et Urko Olazabal. Sortie le 27 novembre 2024.

Un film exceptionnel à voir absolument. Nevenka Fernández défraya la chronique en 2001 pour avoir été la première femme espagnole à obtenir la condamnation d'un homme politique, Ismael Álvarez, maire de Ponferrada pour harcèlement sexuel. 

Le film d'une rigueur exemplaire et magistralement interprété, relate non seulement les faits, mais expose avec précision tout le cheminement d'une femme sous l'emprise du pouvoir d'un homme qui conduit à sa destruction psychologique. Car il s'agit bien de l'analyse d'un trauma au sein d'une affaire d'État qui rappelle de par sa puissance de narration certains films de Francesco Rosi et de Costa-Gavras. 

Thriller qui ne dit pas son nom, pour la première fois peut-être, l'étude des dégâts causés par le harcèlement sexuel apparaît dans un film de manière aussi nette et précise. Le spectateur se met sans cesse à la place d'un personnage féminin tentant de combattre un fléau qui la dépasse et la ronge jusqu'à pouvoir trouver la force de s'exprimer et d'utiliser les armes juridiques adéquates pour se défendre. 

Tout est passé en revue, des trahisons de l'environnement professionnel jusqu'au laxisme des juges, le film dressant un portrait impitoyable d’« us et coutumes » hélas toujours en vigueur. Ce vigoureux plaidoyer a le mérite non seulement de défendre une cause, mais de faire comprendre au spectateur le fondement même et la nécessité du mouvement metoo, à partir de faits qui se sont déroulés quinze ans avant l'affaire Weinstein.




 

samedi 27 avril 2024

MARIANNE, mon 7e film d'après le roman de George Sand

 

Le roman avait d'abord été publié sous le titre Marianne Chevreuse dans les numéros du 1er et du 15 août 1875 de la Revue des deux Mondes. Peu connu en France mais succès littéraire en Angleterre et au États-Unis, il aura fallu attendre 1976 pour le voir reparaître en volume sous le titre Marianne, regroupé avec le roman La Tour de Percemont chez Calmann-Lévy. 



Ayant découvert le livre en 2012 après le tournage de mon premier film Les lettres portugaises, j’ai tout de suite été séduit par les personnages, la quête amoureuse dont il fait l'objet et la modernité du rapport hommes-femmes. Féru des romans du XIXème siècle, en particulier ceux de Jane Austen et de Edward Morgan Forster ainsi que des films de James Ivory et de Jane Campion, je cherchais un équivalent français. George Sand ayant été peu adaptée au cinéma, c'était l'occasion de renouer avec l'une des grandes figures de la littérature féminine, le sujet de la femme ayant toujours été au centre de mes thématiques.

 

J'ai écrit une première version du scénario très proche du roman en utilisant en partie le langage littéraire de George Sand. Je pensais aussi à Éric Rohmer et à son art de traduire le rapport amoureux. Le film a failli se monter plusieurs fois. La productrice Véra Belmont qui s'y est intéressée un temps m'a poussé à réécrire le scénario en assouplissant les dialogues et en y ajoutant un personnage-clé afin d'ajouter un enjeu qui n'existait pas à l'origine. Fort de cette nouvelle version, le film semblait être prêt à tourner au printemps 2017 avant que la préparation ne s'arrête à nouveau.

 

J'ai réalisé entre temps l'adaptation d'une pièce d'Alfred de Vigny Quitte pour la peur, qui mettait en scène les tourments d'une femme se libérant des carcans d'un mariage forcé dans l'aristocratie du XVIIIème siècle, film qui rendait ouvertement hommage à Rohmer. Grâce à ce film, le producteur Carlos Bedran m'a proposé de réaliser Marianne à condition de le tourner en 12 jours avec un budget serré. Je n'ai pas hésité une seconde. Le déroulement de l'histoire étant organisé autour de cinq personnages dans peu de décors, je me suis mis au travail dès le mois d'août 2022.

 

Après un long travail de casting pour trouver le juste équilibre et entrer en résonance avec l'esprit de George Sand et le spectateur d'aujourd'hui, le tournage a pu enfin démarrer le 8 avril 2024 avec une équipe exceptionnelle qui s'est totalement investie dans le projet. Tourné entièrement en Lot et Garonne, à Puymirol et ses environs ainsi qu'au château de Tayrac, le film a pu également exister grâce au soutien de Philippe Payet, collaborateur notamment d'André Techiné et de Bertrand Tavernier. Sa société Papaye a mis au service du film Marianne décors, matériel et prestations diverses, agissant ainsi en tant que véritable co-producteur du film.

 

Le film sera visible au cinéma en 2025.


    Amandine Noworyta et Antoine Millet


   
           Amandine Noworyta et Valérie Kaprisky

     

                                                      Victor Scarnier et Émilie Payet



MARIANNE

France, 2024 

Couleur, 85 minutes

Production : CB Partners

Scénario et réalisation : Bruno François-Boucher

D'après le roman de George Sand

Producteur délégué : Carlos Bedran

Producteur exécutif : Arnaud Kerneguez

Avec : Amandine Noworyta (Marianne Chevreuse), Valérie Kaprisky (Eugénie André), Antoine Millet (Pierre André), Victor Scarnier (Philippe Gaucher), Émilie Payet (Bérengère)

Directeur de la photo : Christian Baudu 

Ingénieur du son : Xavier Piroelle

Montage : Christian Baudu et Bruno François-Boucher

Costumes : Bérénice Lagrange et Elena Castello

Décors : Alexandre Follain

Maquillages et coiffures : Melly Nomas

Scripte : Jeanne Bourse-Rousselot

Assistant réalisateur : Martin Boulet

Musique originale : Davy et Yoann Bernagoult

Distribution et ventes internationales : en cours 

 

lundi 18 mars 2024

Histoires de cinéma

Dans ce recueil de nouvelles j’ai réuni 5 histoires sorties de mon imaginaire cinématographique : comment par le plus grand des hasards Tom Cruise m'a pris pour quelqu'un d'autre un soir au bar de l’hôtel Crillon, par quelle manifestation surnaturelle Alfred Hitchcock m'est apparu dans un train pour donner son avis sur le cinéma d’aujourd’hui, pourquoi cette étrange rencontre avec un technicien de cinéma prétendant avoir travaillé avec Stanley Kubrick en 1969 sur le tournage de l'alunissage d’Apollo 11… 

De ces évènements j’ai laissé libre cours à mon imagination, me mettant à la place de mes interlocuteurs comme si j’entendais leurs voix dans le creux de mon oreille. Une manière de rendre hommage à des grands du septième art dont j’ai souvent étudié la vie et les films. 

Pour lecteurs cinéphiles et non cinéphiles, pour le plaisir de raconter de courtes histoires qui sont comme des films.




HISTOIRES DE CINÉMA

Auteur : Bruno François-Boucher

Date de parution : Mars 2024

Éditeur : Les Editions du Bord du Lot

Grand Format

Broché

68 pages


Histoires de cinéma - Nouvelles - Editions Le bord du Lot